Elle avait été réveillée par une odeur familière d’aliments cuisinés. Elle s’était assise, ou plutôt recroquevillée demi assise dans le noir, pour localiser la source, à l’odorat. Il lui semblait même percevoir une certaine chaleur, qui avait diffusé dans ce boyau lui servant de geôle et que sa peau avait reconnu elle aussi. Elle s’était dirigée à tâtons, précautionneusement, et ses doigts avaient effleuré le bord à peine chaud d’une écuelle de terre cuite. Elle contenait une bouillie liquide de céréales encore tiède. Oda l’avait engloutie avidement, autant pour boire que pour manger, utilisant sa main en cuillère. Sa gorge sèche en avait été douloureuse, tant la déshydratation l’avait asséchée. Mais, passé cette première déglutition difficile, elle avait été envahie d’un pur bonheur. Il semblait que tout son corps percevait le bienfait de cette manne et en était baigné de gratitude. Oda en aurait presque été euphorique. Elle pleurait de joie. Elle savait que, seule dans l’obscurité totale, elle avait souri. Que son âme avait souri.
Cette écuelle n’était pas seulement la faim et la soif assouvies, elle était l’espoir. Un espoir insensé, animal, celui de la survie. S’ils la nourrissaient, c’est qu’ils ne voulaient pas la voir mourir, du moins pas encore. Son sort n’était pas sellé. Elle avait enserré de ses mains la terre cuite, pour en capter le rayonnement, mais aussi la rassurance. Elle reconnaissait sous ces doigts les stries empilées. Cet objet, façonné par la technique du colombin et cuit dans des cavités à même le sol, était un objet humain.Elle a rejoint l'Œuvre collective de Bénédite Estripeau présenté à l'abbaye de Maubuisson dans le cadre de l'exposition Cosmofania: les métamorphoses de sacré.



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