Comme tous les ans, un texte de Bordetella Pertussis dans le recueil 2025, dont vous est livré un extrait. ...
Jusqu’alors, lorsque cette même voisine lui demandait –
toujours par post-it jaune fluo glissés dans sa boîte aux lettres – de couper
le lierre du muret ou de mettre à bas le grand merisier, elle s’exécutait. Vera
devait bien admettre que le merisier lui avait coûté et pas uniquement pour le
prix exorbitant de l’abattage. Il déployait sa croissance majestueuse dans un angle
et étirait son ombre solennelle sur le jardin de pacotille d’à-côté. Vera s’en
était trouvée chagrinée. Elle aimait trop la nature pour laisser s’abattre le
couperet sans émotion. Trancher nette la vie d’un arbre en pleine santé lui
donnait mauvaise conscience.
Peut-être aurait-elle dû tenter d’échanger avec cette
voisine écocide, plutôt que d’obtempérer à ces minuscules centimètres carrés
impératifs, jaune fluo. Ainsi n’y aurait-il pas eu l’effet de surprise, de
s’entendre assener que la haie plantée chez cette voisine était à elle, Vera, à
partir du moment où elle poussait ses excroissances végétales au-delà du
grillage. Sans doute aurait-elle ainsi appris plus tôt que cette voisine était
une morue.
Morue était le qualificatif qui lui était venu à l’esprit,
une fois le seuil de sa porte franchi. Après quoi, elle avait jugé sa réaction
colérique inappropriée, eu égard au respect qu’elle devait à l’être aquatique.
Le déterminant était effectivement particulièrement désobligeant pour le
poisson-morue, dont rien ne laissait supposer qu’il puisse avoir un tel manque
d’éducation.
Apaisée, elle avait recherché un post-it de petite taille,
semblable aux siens, un peu dépitée de ne pas en avoir de jaunes fluo et
l’avait glissé dans la boîte aux lettres de la morue. Il y était
écrit : « Il vaut mieux céder aux ânes que de les tuer. Je
taillerai donc la haie. Par contre, veuillez désormais ignorer ma boîte aux lettres. »
...
Avec le mot de la présidente:
En silence ! l’expression du thème à lui seul à des résonances de cloître, à peine troublé par le chuchotement des sandales des
moines, ou des nones, sur les carreaux de grès séculaires.
Choisir le silence est loin d’être vide de sens.
Il peut adopter tout un panel d’émotions et de sentiments.
Depuis le silence pudique, timide, charmant, jusqu’à la violence de celui qui
réduit au silence. En passant par le silence de la trahison, celui du mensonge,
celui de la lâcheté. Le silence de la faute et celui de la punition qui lui
répond. Le silence très simple et touchant de celui qui n’ose pas. Il s’agit
là, pour le silence de sa dimension humaine. Le silence, en tant que non-dit,
est préjudiciable – certes à des degrés divers - pour soi, pour l’autre, le
plus souvent pour les deux.
N’en reste pas moins la majesté d’un silence de la nature,
en haut d’une cime de montagne, au milieu d’un océan, au cœur d’une forêt. Et
le silence du félin, tapi dans la savane, qui s’approche de sa proie.
Dans ce recueil, la plume de chacun en dévoile une
facette.