dimanche 13 juin 2021

 Agrippina 2ème Partie Chap 5

En centre de vaccination, un ami avec lequel Pénélope s'était retrouvée par hasard, en blouse parallèle, lui avait vaguement parlé du phénomène, en se gaussant. Elle l'avait écouté sans l'entendre, d'une oreille aussi distraite que distante. Pénélope n'était pas très ragots et encore moins véhiculé par le net. Au vrai, elle les ignorait systématiquement et sans effort. Elle ne surfait jamais, n'écoutait pas les informations télévisées. Elle estimait que c'était du temps perdu, puisque tout allait lui être rapporté. La consultation suffisait. 

Or ce matin là, Pénélope avait laissé un instant seule une maman et son nourrisson dans son bureau de PMI. Quand elle était revenue, avec en main ce qu'elle était allée chercher, la mère était livide. Pénélope alertée s'était intéressée à l'enfant, qui s'escrimait sur un jeu éducatif sans autre intérêt pour le monde exterieur.

      • Quelque chose ne va pas ?

La femme voilée semblait en sidération.


      • Ah ! Je suis choquée.

Le mot n'était pas trop fort, elle le portait sur le visage.

        • Qu'est-ce qu'il vous arrive ?

        • C'est ma cousine. Elle vient de m'envoyer une photo. Son portable il tient tout seul sur son bras. Avec le vaccin !

        • Ce n'est pas possible.

Il n'y avait aucune intonation de surprise ni d’interrogation dans l'affirmation ferme de Pénélope. Ce n'était pas plausible. Elle ne pouvait pas l'entendre. Elle avait même opposé mille et une raisons raisonnables, pour que l'explication soit rationnelle. Tout en faisant le tour du bureau pour aller reprendre sa place d'autorité. Mais devant le regard implorant et angoissé de son interlocutrice, elle avait fini par demandé de lui faire voir. La femme avait posé le iPhone sur son bras, un large et grand modèle. Elle avait ouvert la main le tenant, en écartant le bras amplement, jusqu'à aller poser sa main sur sa cuisse. Le iPhone était resté collé, sans même trembloter. Malgré cela, Pénélope avait répété.

    • Ce n'est pas possible.

Avec néanmoins cette deuxième fois moins de fermeté dans la voix.

    • Essayez de l'autre côté !

La tentative controlatérale était un échec, ce qui ne rassurait personne.

    • Vous permettez !

Pénélope avait appliqué le portable diabolisé sur son propre bras vacciné. Il n'avait pas tenu. Elle l'avait repoussé loin d'elle, plus rassurée qu'elle ne l'aurait voulu.

    • Pourquoi il ne tient pas sur vous ?

    • Parce que j'ai été vaccinée il y a longtemps.

Pénélope voulait coupé court à cette confrontation qui la dépassait, tout en tranquillisant cette femme.

dimanche 6 juin 2021

 Agrippina 2ème partie Chap 5

A présent l'attitude commune était que chacun se croisant énonce qu'il était vacciné et que toute sa famille l'était. Le silence était suspect. Pénélope s'efforçait de ne pas être dans le jugement, pourtant elle félicitait ceux qu'ils l'étaient, vaccinés. Il n'était plus temps de s'intéresser aux autres, de s'user à les convaincre. Ils restaient sur le quai et le train de la vie passait, avec à son bord le progrès et l'évolution de l'espèce. La liberté individuelle versus le danger pour autrui ne faisait pas débat. Pénélope prenait sur elle pour garder une neutralité de mise, compte-tenu de sa position. Mais elle ne voulait plus écouter les prétextes fallacieux, les théories fumeuses, générés par la peur et l'obscurantisme. Néanmoins, elle était assez ouverte d'esprit pour reconnaître comme véridique ce qu'elle avait vu, de ses yeux vu. Le portable de cette patiente tenant tout seul sur son bras vacciné.

mardi 1 juin 2021

 Agrippina 2ème partie Chap 5

Pénélope voulait voir l'espoir du renouveau. Chacun y aspirait et le sens propre prenait le pas sur le sens figuré. Respirer sans masque était devenu un rêve simple et doux. Les regards se tournaient, gentiment envieux, vers les pays démasqués. Ce serait nous demain, bientôt, tout proche. Le ciel s'illuminait à la couleur du temps. Mais un nuage noir, menaçant, sournoisement progressait. L’Angleterre craignait une nouvelle vague avec le variant indien. Pénélope n'oubliait pas que l'Angleterre avait massivement été vaccinée par l'Astrazeneca, réputé moins efficace sur les variants.

La délation médiatique de l'Astrazeneca, pour de mauvaises raisons, allaient finalement peut-être offrir une voie de salut. Pénélope en était presque à regretter ceux qu'elle avait injecté. Les rappels arriveraient bientôt. Le tout était de gagner du temps sur le temps. De galoper plus vite avec la vaccination, que ne courait le virus. C'était en bonne voie. La tendance commençait à s'inverser. Le temps y était sans doute pour quelque chose. Les même circonstance s'était vu l'an passée.

Dans l'intervalle, un « youtuber influenceur » avait dénoncé une attitude écœurante des russes. Il avait été contacté pour, moyennant finance, dénigrer à présent le Pfizer. S'agissait-il simplement de mettre en avant leur propre vaccin, dans une optique purement mercantile ? Où le but était-il plus inavouable, un génocide sans les armes?

dimanche 30 mai 2021

 Agrippina 2ème partie


Chapitre 5


Le soleil avait pris le pas sur le froid encore présent, il y avait deux matin. Il y avait dans l'air un sentiment de renouveau, de liberté, qu'inspirait tous les ans cette charnière de saison. Les terrasses se remplissaient. Les masques et le couvre-feu prenaient des allures de vieux spectres. Le coronavirus était toujours là, mais il effrayait moins. C'était peut-être sa nouvelle force.

Pénélope avait programmé dans son jardin mi juin une  « fête du dé-confinement ». Les exagérations, en matière de répression, qu'on avaient pu voir, commençaient à devenir plus honteuses. Dans sa rue, un voisin garé devant sa porte, qui franchissait son seuil, avait été verbalisé, parce que sans masque. Il ne faisait prendre de risque à personne, en plein air dans une rue déserte, à une heure tardive. C'était égal. C'était la règle. Dans un village de l'Allier, le fils d'un ami de Pénélope, masqué celui-là, revenait, comme souvent, d'être allé assister un copain handicapé, qui ne pouvait manger ni se coucher seul. Arrêté, il n'avait pas pu présenter « l'attestation qui va bien », qu'il ne s'était pas rédigé. Il n'avait pas coupé à l'amende.

Un sentiment d'injustice entachait la situation. D'inégalité. De ségrégation. D'inintelligence surtout. Comment pouvait-on demander à une population de se comporter avec civisme quand on la réprimait avec bêtise. C'est sans doute une des raisons qui faisait que la vaccination avançait à grands pas chez les jeunes. Ils s'y soumettaient pour retrouver leur liberté, efficacement, sans revendication intempestive. Les vieux, qui ne voulaient pas la vaccination l’instant d'avant, regardaient les jeunes avec jalousie. Ils étaient interloqués qu'ils aient accès aujourd'hui aux vaccins qui leur revenaient de droit hier. Une nouvelle population se déterminait nettement. Celle « qui va de l'avant » versus les indécrottables réactionnaires de toutes causes.

En centre, Pénélope avait rencontré une veille dame qui l'avait émue. Quand elle l'avait rejoint dans le box, elle lui avait dit que c'était beau de voir tous ses jeunes qui se vaccinaient. Il y avait dans sa voix chaleur et espoir. Pénélope s'en était étonnée. Elle avait eu l'explication. Son mari était mort du Covid. Rien qu'au timbre qui se brise et aux stigmates sur le visage, il était inutile de demander jusqu'à quel point il avait souffert.

dimanche 23 mai 2021

 Agrippina 2ème Partie Chap 4

Pénélope avait regroupé les rappels à la semaine suivante, en espérant faire le compte. Les doses distillées se décidaient à la petite semaine, en haut lieu, sans tenir compte de la pratique de terrain. Ce samedi, Pénélope avait eu des doses en trop. Tout en sachant qu'elle n'en aurait peut-être aucune pour les rappels suivants. Contrairement à ce qu'elle s'était jurée, elle avait ré-ouvert des plages horaires de primo-vaccinations, pour ne pas gâcher ces doses en trop. Or personne ne les avaient prises.

Pourtant, à y regarder de plus près, il y avait moins d'effets secondaires référencés avec ce type de vaccin, qu'avec les ARN-messager. Dans l'absolu, sans prendre en compte le caractère, ou pas, de gravité, la différence quantitative était nette. Pénélope se demandait si, sur ce point, le silence avait été intimé. Ou si les média avaient enfin pris, d'eux-même, conscience de leur caractère nuisible. Aujourd'hui la fierté de la progression vaccinale se déclinait sur tous les tons. On était arrivés à vingt-mille, avec des cris de victoires, gommant totalement l'inertie visqueuse des débuts balbutiant.

Pénélope se félicitait de l'ouverture de la vaccination à chacun sans restriction de critères. Elle trouvait qu'il avait été déjà assez perdu de temps à cajoler les indécis. L'attitude avait été louable. Mais la sélection naturelle se chargerait à présent de distinguer la réalité du bénéfice-risque, en temps réel. La population était en train de se scinder en deux cohortes. Celle des vaccinés, avec leur script-code sur leur I-Phone, prêt à retrouver le monde, impatients de vivre libres et démasqués. Et les autres, toujours terrés. Il en était toujours ainsi. Toute évolution contrariait les immuables de l'ordre établi. Il y avait ceux qui allaient de l'avant et faisaient avancer les choses. Et ceux qui restaient en arrière, sclérosés dans la critique, improductifs. Ensuite, quand le changement avait fait son temps, ils en profitaient, sans effort ni prise de risque, en toute lâcheté. Ceux-là attendait d'avoir autour d'eux assez de vaccinés pour être protégée. Pénélope faisait des efforts pour ne pas les mépriser. Elle savait que c'était grâce à eux qu'il n'y avait aucune chance d'éradication de ce virus. Qu'ils étaient le réservoir à sa mutation. Et qu'il pourrait, par eux, continuer à tuer.

jeudi 13 mai 2021

 Agrippina 2ème partie Chap 4 (suite)

Néanmoins Pénélope restait sereine. Elle avait inscrit la bonne nouvelle en page d'accueil de son site de rendez-vous. Que faire de mieux ? Elle n'allait pas vacciner les patients au sérum physiologique, comme à Épernay. Ce trait l'avait amusé, évidemment. Même si il n'avait pas dû faire trop rire les concernés, ni rassurer sur les compétences des vaccinants.

D'ailleurs Pénélope, pour avoir manipulé les vaccins concernés en centre de vaccination, n'arrivait pas à comprendre comment l'erreur avait pu être commise. La fiole de sérum physiologique n'avait ni la même taille, ni le même aspect, puisqu'elle était en plastique et contenait trop fois plus de soluté que le flacon de principe actif en verre. Pénélope s'était fait la réflexion qu'il n'était pas pratique de prélever une quantité déterminée pour reconstituer le vaccin, en prenant soin de faire le vide d'air. Le geste était technique et ouvrait la possibilité à des ratés dans la reconstitution. Sauf qu'il était impossible de voir une infirmière diplômée commettre une telle erreur. L'écueil était peut-être de ne plus considérer le professionnel de santé comme indispensable à sa fonction. Qu'il soit devenu interchangeable, sans prendre en compte les conséquences.

Dans le même esprit, il venait d'être décidé que les pharmaciens pourraient à présent soigner les infections urinaires et les angines. Des beaux jours à venir pour les pyélonéphrites et le rhumatisme articulaire aigu, les complications de l'un comme de l'autre. Pénélope voyait se dessiner depuis longtemps la mort de la médecine générale de ville telle qu'elle l'avait exercée jusqu'alors. C'était égal, elle avait terminé sa mission. Le reproche en sera fait, bien sûr, aux médecins, en omettant de préciser comment le ver avait été vérolé pour que le fruit meurt.

mardi 11 mai 2021

 Agrippina 2ème partie Chap 4 ( suite)

Pénélope estimait que ce temps perdu était du temps gagné. Elle n’expliquait son sens de l’organisation que par le fait qu’il était mu par une certaine fainéantise. Si elle avait la même manière d’étourdir chacun par la masse de travail qu’elle était capable d’abattre et sa capacité d’être sur tous les fronts à la fois. Elle considérait n’avoir aucun mérite. Sa paresse était son principal moteur. Où d’autres s’encombraient de réflexion et d’hésitation, elle allait droit au but et exécutait. Ce trait ne l’avantageait pas, au regard de certains, qui supportaient mal d’avoir toujours trois métros de retard. Elle était jugée de ce fait trop directive. Attitude d’autant plus exaspérante qu’au final et après tergiversations, il s’avérait qu’elle n’avait souvent pas tort. Du coup, elle était soit admirée, soit détestée. Sentiments l’un comme l’autre excessif et injustifié, dont seule était responsable sa politique de flemme.

Que le couvre-feu soit également prononcé dans le Tarn quand elle avait pu y descendre avait passablement incommodé Pénélope. Ici, l’espace était pour les amis, que ce soit l’espace-temps ou l’espace physique. La maison était toujours vivante, toujours ouverte. Et les chemins toujours promptes à entraîner plus loin, quelque soit l'heure. Surtout lorsque le soleil complice déclinait à l'est, sur les contreforts de la Grésigne, étirant les ombres, rosissant les pignons, allant jusqu'à teinter rouge sang les nuages effilés.

Pénélope y songeait avec nostalgie dans l'espace réduit, ceint de toile plastifiée blanche, qui enserrait le box de vaccination où elle conduisait l'entretien préalable. Elle s'était portée volontaire pour les centres de vaccinations.

Ce matin, Pénélope s'en félicitait grandement. Pour le rôle qu'elle avait à y jouer en tout premier lieu. Pour la dynamique de groupe, les échanges fédérés entre confrères, le retour à une agitation utile, qui lui rappelait ses années d'internat et d'externat en milieu hospitalier. Ici Pénélope était tout à la fois médecin, infirmier, brancardier, secrétaire, selon la demande de l'instant. Avec une impression de fourmilière, ou chacun semble se disperser, alors que l'ensemble est d'une organisation parfaitement efficace. L'effort était gratifiant, récompensée par un sentiment de rendement fructueux.

En ville, la sensation était celle d'avoir en permanence des bâtons dans les roues. D'être ralenti par une inertie, dont on pouvait se demander à quel point elle n'était pas calculée, tant elle était zélée. Car ce matin justement, Pénélope avait reçu un SMS de sa pharmacie référente, celle qui recevait les doses qui lui était octroyées. Or elle n'aurait qu'une dose par semaine, soit moins que Pénélope n'avait de rappels programmé. Ce qu'elle avait craint devenait réalité. La quantité de doses pour les rappels n'avait pas été anticipée.

 Agrippina 2ème Partie Chap 5 En centre de vaccination, un ami avec lequel Pénélope s'était retrouvée par hasard, en blouse parallèle, l...