Chronique de la canicule
Il était asséné au 20 h qu'il était impossible de dormir par cette chaleur, alors la France ne dormait pas. Le mantra était répété à chaque, nombreux, bulletin météo, afin que nul n'y échappe.
Indocile, Clothilde, dormait. Elle n'avait aucun mérite à ça. Elle ne tenait pas compte de l'opinion d'autrui pour influencer sa propre expérience.
Elle comprenait très bien le jeune premier de la météo. Depuis quelque temps, elle trouvait les intervenants du petit écran de plus en plus jeunes. Surtout depuis que les écrans étaient devenus de plus en plus géants. Elle avait l'impression qu'ils faisaient tous leur stage de troisième. Or ce jeune homme avait expliqué que lui-même ne parvenait à dormir que deux heures par nuit. Raison pour laquelle il martelait, à chaque longueur de bulletin, qu'il était impossible de dormir.
Elle l'imaginait suffoquant sous les toits de zinc parisiens, la fenêtre ouverte sur la chaleur rayonnante du bitume chauffée à blanc des rues, qui dans la nuit moite montait jusqu'à lui. Clothilde compatissait. Elle se souvenait de sa chambre de bonne de sept mètres carrés, au sixième étage sans ascenseur, avec toilette et robinet d'eau froide sur le palier trois couloirs plus loin et fenêtre unique donnant sur une minuscule cour borgne.
Depuis, ce temps de ses études était bien loin. Clothilde avait fait le choix de ne pas vivre en appartement, ni même en maison "récente". Plutôt que de construire du neuf, elle avait préféré rénover de l'ancien. Elle occupait une ancienne ferme, battit deux siècles plus tôt. Son rez-de-chaussée était à demi enterré sur les faces nord et ouest. Il était jadis destiné au bétail, qui par sa présence chauffait le premier étage. A présent, de larges carreaux de grès avaient remplacé la terre battue. Quand les degrés étaient montés, Clothilde était descendue.
Elle s'était installé un matelas sur le carrelage. Elle dormait comme un bébé qui n'aurait pas subi la canicule.







