Chronique de la canicule ( suite)
Au matin, elle prenait agréablement son petit déjeuner sur la terrasse ombragée. Elle était noyée dans une profusion d'arbres gigantesques, d'arbustes touffus parfumés plus modestes, de fleurs tapies dans l'ombre bienveillante.
Elle ouvrait toutes ses fenêtres pour laisser s'insinuer la fraîcheur de cet ilot de verdure. Son jardin était le poumon végétal du quartier.
Autour d'elle, des banlieusards reconvertis avaient pris soin de passer par la tronçonneuse tout un verger et d'arracher à la pelleteuse toute une haie.
D'élargir la charmante petite porte du mur de pierre deux fois centenaire, en plaie béante cimentée. De goudronner tout le gazon, en une piste noire que le gamin sillonnait, monotone, de sa trottinette électrique. De creuser une fosse bétonnée sur la nappe phréatique. De construire, d'accumuler, de surajouter, encore et encore, un cabanon de plus tous les deux jours, une colonne, deux colonnes, sur un espace restreint. De lancer des ramifications de climatisation en croix évangéliste sur le pignon. D'enlaidir les faîtes de toit d'un rouge pompier.
Aussi voyant que les deux lions prétentieux des piliers sur rue, signant la démesure.
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